« Comment tu nous trouves ? » lui souffla-t-elle ?

Il caressa la Une glacé du magazine. La photo ne serait en kiosque que demain mais déjà il trouvait que son twin set en cachemire et son collier de topaze et or blanc faisait ressortir l’éclat de ses yeux clairs. Lui n’était pas beau. Elle, sa perfection de top model le rehaussait de toute sa grâce. Surtout, l’alliance de leurs sourires - éclatant pour lui sur sa peau brune, serein pour elle sur sa teint de nacre - était parfaite de naturel. Ils s’assirent tous les deux dans leur petit salon intime. Les dorures fines leurs rappelaient l’ascension qu’ils avaient appelé de leurs vœux depuis toujours. Ils discutèrent de quelques points de détails pour le lendemain. Elle lui conseilla une cravate et glissa un mot sur un ami. Il se promit d’envoyer dès ce soir un mail rapide à une de ses fouines. Ainsi, il serait informé demain à la première heure des manières les plus efficaces pour approcher et harponner cette cible VIP intéressante. Il était tard et il sentit monter la fatigue de leurs déplacements du jour. A un simple signe de tête, elle comprit et se leva avec grâce. Il l’imita. Il caressa sa joue d’un baiser et entendit la porte se refermer silencieusement. Il devait parfaire un discours, se pencher sur un dossier épineux, vérifier que les membres les plus indisciplinés de ses ministres n’aient pas osé une sortie malavisée que la presse, avide de ces failles impétueuses et rémunératrices, publierait dans l’heure.

Il attrapa un autre magazine people et admira la star en première page, accroché à une rousse améliorée avec la précision d’un bistouri. Il avait vu son dernier film sur son téléphone un jour d’ennui et de réunion internationale. Il ne jouait pas mal. Cela lui vaudrait - murmurait-on dans les milieux bien informés - un prix bien mérité. Lui n’en aurait jamais. Pourtant… Chaque fois qu’il voyait son reflet ou celui de son épouse dans les clichés glamour, les apparitions télé et dans le regard de ceux qu’ils croisaient, il savait que tous y croyaient, à cette destinée artistiquement mise en scène. Qu’ils aiment ou qu’ils abhorrent. Il regarda à nouveau la photographie de couverture où s'étalait leur bonheur conjugal. Ils étaient, tous les deux, de sacrés bons acteurs, jouant leur partition avec un naturel confondant, sans dévoiler la moindre once de cet appétit de pouvoir qu’ils partageaient et qu’ils géraient d’une main de fer. Ils avaient été élus grâce à cela, lui par le peuple, elle par le fait du Prince. Seraient-ils à nouveau couronnés en 2012 ? Il sourit. Il en était certain. Ils étaient les meilleurs.