La ville est déserte. Plein août. La voiture s’engouffre dans l’avenue rectiligne, tracée au cordeau dans d’anciens temps romains. Se faufiler dans les vieilles rues biscornues jusqu’à la placette. Plus de trois ans déjà et je me sens brusquement étrangère à ces façades meurtries par les pluies et quelques siècles d’oubli.

Je ne lui appartiens pas. Je vole de point en point en attendant des exils brefs. Je n’éprouve aucun mal-être comme en ces cités qui vous sont ennemies dès le premier pied posé sur le quai de gare. Ici, je navigue en eaux pâles et ciel brûlant. Les boutiques et des visages me sont familiers. Il y a même ce café où je me plais à m’asseoir. Pas écrire.

J’écoutais au matin sur cette fréquence inhabituelle une vieille émission sur Simenon. Trésor radiophonique poussiéreux qu’une inertie estivale, où s’efface le diktat des audimats et des sirènes consumistes, ravive. Simenon écrivain déménageur ou voyageur. Je peins, une oreille aux aguets jusqu’à ce que la chaleur trace un point de non-retour. Je laisse les mots couler sur moi. Où réside-t-on vraiment quand les phrases et les histoires vous portent et vous bousculent.

C’est plus tard, arpentant le macadam surchauffé, que l’évidence des ces envols si proches les uns des autres m’apparait. Un « n’habite pas vraiment à l’adresse indiquée » scellé sur mes pensées. Se loger entre les lignes. En terrain meuble et sans inconfort.